Cognac vs. Armagnac : Deux cousins bien différents

Armagnac vs. Cognac 

Pourquoi les confondre ?

Le cognac et l’armagnac sont tous les deux des eaux de vie de vin, c’est-à-dire des alcools issus de la distillation du vin.

Les deux sont des eaux de vie produites en France à quelques kilomètres l’une de l’autre qu’on retrouve côte à côte sur les cartes des restaurants, sur les backbars.

Et pourtant lorsqu’on les goute on note des différences significatives ! Alors est ce que vous savez d’où viennent ces différences ? (Quentin apparait et fait non avec la tête)

Terroirs et climats

Même si seulement 300km séparent les 2 régions, les terroirs se distinguent par des sols et des climats différents, donnant aux eaux de vie/vins distillés des typicités distinctes.

Le sol cognaçais, appartient à la même ère géologique que celui de la Champagne ! Il est majoritairement calcaire.

Le sol armagnacais est sablonneux, argilo-silicieux et argilo-calcaire. 

Info apéro : Le mot champagne, en vieux français « champaigne » vient du latin « campania » soit campagne ou plaine découverte en opposition aux zones boisées 

Le climat armagnacais, continental plus sec et ensoleillé l’été et plus rude l’hiver soumet la vigne à une grande amplitude thermique et hydrométrique.

Le climat océanique du cognaçais est plutôt tempéré. 

À noter, que de l’avis même du BNIC, aucune étude scientifique ne permet d’isolé l’effet du terroir des technique œnologique sur le profil organoleptique des eaux de vie. On laisse donc le soin aux professionnels des deux régions de nous présenter plus en détail les différences détectables lors de la dégustation.

Différences de cépages

Elles viennent du fait que l’Armagnac produit du vin, ce qui n’est pas le cas à Cognac où le vin très acide et majoritairement destiné à la distillation.

A Cognac, l’Ugni-Blanc  représente 97% des cépages utilisés,

En Armagnac c’est seulement 55%, suivit par le Baco 22A ou Baco pour les intimes, propre à l’Armagnac, 35% du vignoble. C’est un hybride de la folle blanche et du Noah américain, il a été inventé en 1898 et par François Baco, un professeur landais.

La Folle Blanche (2%), le Colombard ou le Plant de Graisse qui suscite un regain d’intérêt sont courants en Armagnac.

Méthode de distillation

La grande majorité de l’armagnac est obtenue avec l'alambic Armagnacais à colonne continu qui produit un distillat au degré alcoolique compris entre 52% à 72%(généralement 52-60°).

NB : Depuis 1972, l’alambic à repasse peut être utilisé en Armagnac mais son utilisation reste marginale.

Le cognac provient d’une double distillation en alambic à repasse charentais. La première chauffe produit le « brouillis » (27-32°) qui est à nouveau distillé pour donner la « bonne chauffe » autour de 70°

Vieillissement

Les techniques sont grandement similaires, la principale différence résidant dans les futs utilisés :

En Armagnac, on utilise des « pièces » : des fûts de chêne pédonculé de 400 litres issus du Limousin ou de Gascogne (en particulier les chênes noirs de la forêt de Monlezun plus de tanniques que ceux du Limousin).

Pour le Cognac, on utilise des fûts de 270 à 450 litres, exclusivement en bois de chêne du Tronçais et du Limousin. 

Millésimes

La différence majeure reste les millésimes, qui correspondent à l’année de récolte du raisin.

Le compte d’âge est arrêté à la date de mise en bouteille.

Les millésimes sont courant pour l’armagnac.

Les millésimes sont plus rares dans le Cognac où l’assemblage est roi et où faute de pouvoir contrôler avec certitude des millésimes victimes de fraudes, le BNIC avait pris la décision, en 1962, d’en interdire la commercialisation car il était difficile de les contrôler avec certitude ce qui donnait lieu à de nombreuses fraude. Une interdiction levée en 1989.

Les mentions de vieillissement :

 

Armagnac

Cognac

VS

3*** 1an

2 ans

VSOP

4 ans

4 ans

Napoléon

 

6 ans

XO - Hors d’Âge

10 ans

10 ans

XXO

 

14 (déc 2018)

Blanche

Catégorie à part entière depuis 2005

 

Jusqu’à récemment, une eau-de-vie qui sortait incolore de l’alambic ne pouvait porter ni l’appellation Cognac ni celle d’Armagnac. Mais le décret du 27 mai 2005, l’Armagnac blanc, c’est possible, et ça s’appelle la Blanche Armagnac et c’est une AOC. Un produit pré-Armagnac (pas de vieillissement en fût de chêne) aujourd'hui reconnu comme un « Armagnac compte 00 » révélant des parfums légers, floraux et fruités, proches du raisin. 

Produits dérivés

Le Floc de Gascogne et le Pineau des Charentes sont des mistelles, c’est-à-dire des vins de liqueur obtenus par assemblage de jus de raisin et  une eau-de-vie, armagnac pour le Floc et cognac pour le Pineau, puis vieillis fût de chêne.

Catégorie à part entière depuis 1977, le Floc a obtenu son AOC en 1990, alors que le Pineau des Charentes l’obtint en 1945, devenant le 1er vin fortifié a bénéficié d’une AOC.

David contre Goliath ?

L’Armagnac et le Cognac ont deux trajectoires historiques singulières qui influent sur leur renommée actuelle. 

Si l’Armagnac est la plus vieille eau-de-vie de France (on retrouve les 1ere mention écrites il y a plus de 700 ans, 1310) elle est représentée par de petits producteurs et s’est développée sur modèle de consommation française. Sa production artisanale plus confidentielle perpétue un savoir-faire ancestral. Dans l’Armagnac, la plupart des vignerons couvrent l’ensemble de la chaîne, de la vigne à la bouteille.

A l’inverse, le Cognac est l’eau de vie la plus connue dans le monde et a été conçu pour un marché d’exportation vers les Pays-bas et l’Angleterre. La présence du port de La Rochelle et le traité de commerce entre la France et l’Angleterre de 1860 sous l’autorité de Napoléon III permit au cognac une croissance exponentielle à l’étranger, qui perdure encore aujourd’hui.

98% de la production est exportée. Le cognac est vendu en grande majorité par quatre grandes maisons de négoce mondialement connues : Hennessy, Courvoisier, Remy-Martin et Martell. (50% des raisins produits dans la région de cognac finissent dans les bouteilles Hennessy)

Aujourd’hui, peu de vignerons vont jusqu’à la production de cognac. Les producteurs achètent dans la majorité des cas le raisin, le vin ou de l’eau de vie aux vignerons le transformer en cognac.

Quelques chiffres pour saisir les ordres de grandeur :

  • En 2019, près de 220 millions de bouteilles ont été vendues dans le monde pour un chiffre d’affaire de 3,6mds d’euros contre 3 m de bouteilles d’Armagnac dont plus de la moitié à l’export, soit 73 fois plus.
  • Le Big Four du Cognac détient 80% du marché alors que les 12 plus grands faiseurs d’Armagnac se taille la même part en Armagnac.

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